13 août 2026
Le marché chinois de l’or a affiché une nette dichotomie au premier semestre 2026 : tandis que la demande de joaillerie s’est effondrée dans un contexte de prix records, les produits d’investissement physiques ont enregistré une forte croissance. Selon les données de la China Gold Association (CGA), la consommation totale d’or de la Chine a légèrement progressé de 1,23 % pour atteindre 511,41 tonnes (année précédente : 505,21 tonnes).
La demande d’investissement compense le repli de la joaillerie
Les prix de détail élevés et les modifications de la réglementation fiscale ont eu un effet modérateur sensible sur les consommateurs. Néanmoins, on a observé un net basculement vers les actifs physiques comme réserve de valeur :
• Joaillerie : −33,88 % à 132,13 tonnes
• Lingots et pièces : +28,42 % à 339,34 tonnes
• Industrie et autres : −2,90 % à 39,94 tonnes
Les investisseurs particuliers ont profité de manière ciblée des corrections de prix pour effectuer des achats supplémentaires auprès de banques domestiques. En conséquence, le segment de l’investissement a plus que largement compensé le repli de la joaillerie.
La production intérieure chute – priorité stratégique au métal physique
Parallèlement à la recomposition de la demande, l’offre intérieure s’est contractée : la production minière chinoise issue de ses propres matières premières a reculé de 14,62 % pour s’établir à 152,91 tonnes. Cette évolution s’explique principalement par les exigences réglementaires environnementales et les inspections de sécurité, qui ont entraîné des arrêts temporaires. En revanche, le traitement des minerais importés a progressé de 4,62 % pour atteindre 77,08 tonnes. Au total, la production intérieure a donc reculé de 9,01 % pour s’établir à 229,99 tonnes.
Pour les investisseurs en matières premières, l’expert de marché Willem Middelkoop () replace ces évolutions dans un contexte macroéconomique plus large. Il voit dans l’approche chinoise un schéma familier : l’État profite systématiquement des replis de prix pour effectuer des achats stratégiques – comme il l’a déjà fait pour le pétrole et le cuivre.
Middelkoop n’interprète pas comme une crise de marché la restriction récente et persistante imposée par les grandes banques chinoises à l’accès des investisseurs particuliers aux produits papier à effet de levier et aux opérations à terme sur le Shanghai Gold Exchange (SGE). Il y voit plutôt une mesure pilotée par l’État visant à désamorcer la surchauffe spéculative et à réorienter de manière ciblée les capitaux privés des dérivés papier vers des avoirs adossés à du métal physique. En limitant les transactions à effet de levier, les institutions financières réduisent les risques systémiques sur le marché intérieur et contraignent les capitaux à être immobilisés directement dans des actifs physiques.
La Chine demeure ainsi le principal moteur du marché mondial : si les prix élevés freinent la consommation cyclique de bijoux, ils accélèrent l’accumulation stratégique à long terme de métal physique. Dans un contexte de baisse de la production intérieure, cette évolution aggrave simultanément la dépendance structurelle de la Chine aux importations d’or brut et de minerais – une tendance qui devrait restreindre de plus en plus la liquidité physique sur les marchés occidentaux.
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