Les matières premières n’ont pas encore monté en puissance : pourquoi l’Inde développe-t-elle ses capacités de recyclage des batteries avant la demande ?

Publié: Aug 31, 2026 16:48
La capacité de recyclage des batteries en Inde se développe avant la fin de vie des batteries de véhicules électriques, sous l’effet de la sécurisation des minéraux critiques et de la fabrication nationale de batteries. À court terme, les déchets électroniques grand public, les rebuts de fabrication et les matières importées resteront des sources d’intrants essentielles, tandis que la sécurisation des matières premières et le taux d’utilisation des capacités façonneront de plus en plus la compétitivité.

Les matières premières n’ont pas encore décollé : pourquoi l’Inde développe-t-elle ses capacités de recyclage de batteries avant la demande ?

L’industrie indienne du recyclage des batteries lithium-ion est aujourd’hui clairement dans une phase précoce de montée en capacités. Les mises au rebut à grande échelle de batteries de véhicules électriques n’ont pas encore commencé et le volume de batteries de VE en fin de vie disponibles localement reste relativement limité. Néanmoins, les recycleurs indiens, les fonderies traditionnelles et les entreprises de nouveaux matériaux énergétiques ont de plus en plus investi ces dernières années dans des capacités de démontage, de broyage et de traitement hydrométallurgique en aval, les investissements dans les capacités de recyclage dépassant nettement l’arrivée de matières premières en fin de vie.

Vu la structure actuelle de l’offre et de la demande, la capacité indienne de recyclage des batteries lithium-ion dépasse déjà le volume de matières premières de batteries en fin de vie disponibles localement. Les ajouts de capacité progressent plus vite que l’offre de matières premières, ce qui signifie que le principal défi auquel le marché est confronté n’est plus le manque de capacités de traitement, mais la capacité des installations existantes et nouvelles à sécuriser un approvisionnement en matières premières suffisant, stable et économiquement viable.

Toutefois, cet écart ne doit pas être simplement interprété comme une surcapacité réelle. Certains projets de recyclage annoncés restent en phase de planification, de construction ou de montée en puissance, ce qui signifie que la capacité nominale déclarée ne se traduit pas nécessairement en capacité opérationnelle effective. Parallèlement, les recycleurs indiens ne dépendent pas uniquement des batteries de VE mises au rebut localement. Les déchets électroniques grand public, les rebuts de fabrication de batteries, les déchets de batteries importés et la masse noire peuvent également servir de matières premières.

L’Inde se caractérise donc davantage par une phase de « développement des capacités en amont de la disponibilité des matières premières ». Les entreprises investissent en amont de la hausse attendue des mises au rebut de batteries de VE, tout en se positionnant pour l’essor de la fabrication nationale de cellules et la demande croissante de recyclage des minéraux critiques. À l’avenir, l’évolution vers un meilleur équilibre entre l’offre et la demande sur le marché indien du recyclage dépendra de la mise en service effective des nouveaux projets, de l’accès aux matières premières et des taux d’utilisation des capacités.

La sécurisation de l’approvisionnement en minéraux critiques stimule le développement précoce des capacités de recyclage

L’un des principaux facteurs à l’origine de l’expansion précoce des capacités de recyclage en Inde est l’accent mis sur la sécurisation de l’approvisionnement en minéraux critiques. Alors que le pays développe ses industries du véhicule électrique, du stockage d’énergie et de fabrication nationale de batteries, la demande de matières premières pour batteries telles que le lithium, le nickel et le cobalt devrait continuer d’augmenter, tandis que l’Inde reste dépendante des approvisionnements étrangers pour une partie de ses ressources en amont et de ses produits raffinés.

Dans un contexte d’incertitude entourant les prix internationaux des minéraux, les politiques commerciales et la stabilité des chaînes d’approvisionnement, la récupération de ressources secondaires par le recyclage devient un moyen de plus en plus important pour l’Inde de compléter son offre nationale de minéraux critiques.

L’action de l’Inde pour développer le recyclage des batteries va donc au-delà du simple traitement des futurs déchets de batteries. Elle traduit aussi une volonté de mettre en place à l’avance des capacités nationales de circulation des ressources et d’approvisionnement en matières. Plutôt que d’attendre que de grands volumes de batteries de véhicules électriques arrivent en fin de vie avant de construire des capacités de recyclage, un investissement précoce dans le recyclage et l’extraction des métaux peut aider les entreprises à établir des canaux d’approvisionnement, à accumuler de l’expérience technique, à nouer des relations avec des clients en aval et à fournir des sources supplémentaires de matières recyclées pour l’expansion future de l’industrie indienne des batteries.

Le soutien des pouvoirs publics a encore renforcé les anticipations d’investissement dans le secteur du recyclage des minéraux critiques. En 2025, l’Inde a lancé un programme d’incitations de 15 milliards de roupies pour le recyclage des minéraux critiques, soutenant l’extraction de minéraux critiques à partir de batteries lithium-ion usagées, de déchets électroniques et d’autres flux de déchets industriels, tout en offrant des incitations à l’investissement et à l’exploitation pour les projets nouveaux et en extension.

En avril 2026, le ministère indien des Mines a achevé la première évaluation d’éligibilité au titre de ce programme. Au total, 58 entreprises ont été déclarées éligibles, proposant collectivement environ 850 000 t/an de capacité de recyclage et de traitement et un investissement prévu d’environ 50 milliards de roupies. Il convient de noter que cette capacité couvre les batteries lithium-ion, les déchets électroniques et d’autres flux de déchets contenant des minéraux critiques, et ne représente donc pas uniquement la capacité de recyclage des batteries lithium-ion. L’éligibilité ne signifie pas non plus que les projets ont déjà été construits ou que les subventions ont été accordées. Le soutien financier dépendra de l’avancement ultérieur des projets et de leur mise en service effective.

Du point de vue des politiques publiques, le soutien de l’Inde au recyclage évolue également du simple traitement des déchets vers l’extraction effective de minéraux critiques. Le dispositif d’incitation soutient spécifiquement les projets capables de séparer et de récupérer des minéraux critiques, tandis que les opérations qui ne produisent que de la masse noire ne constituent pas la cible principale des incitations. Cela suggère que les futurs investissements dans le recyclage en Inde pourraient de plus en plus se déplacer vers l’aval, vers le traitement hydrométallurgique et la récupération du lithium, du nickel, du cobalt et d’autres minéraux critiques.

Les mises au rebut de batteries de véhicules électriques étant encore limitées, qu’est-ce qui soutiendra les capacités de recyclage existantes ?

Avant que les mises au rebut de batteries de véhicules électriques n’augmentent à grande échelle, l’industrie indienne du recyclage doit encore répondre à une question pratique : d’où proviendront les matières premières destinées à ses capacités existantes ?

À l’heure actuelle, les batteries usagées issues de l’électronique grand public demeurent une source importante de matières premières pour le recyclage des batteries lithium-ion en Inde, tandis que le volume de batteries de véhicules électriques en fin de vie est encore relativement limité. Pour les entreprises qui ont déjà bâti des capacités de traitement, les chutes d’électrodes, les cellules défectueuses et les autres déchets de fabrication de batteries, ainsi qu’une partie des matières premières importées, deviennent d’importantes sources complémentaires.

Le développement de la capacité indienne de fabrication de cellules de batteries mérite donc une attention particulière. En 2021, le gouvernement indien a lancé le programme d’incitations liées à la production pour le stockage sur batteries à cellules à chimie avancée (ACC PLI), avec une enveloppe prévue de 181 milliards de roupies pour soutenir la mise en place de 50 GWh de capacité nationale de fabrication de cellules à chimie avancée et réduire la dépendance de l’Inde aux cellules importées.

En mars 2026, 40 GWh de l’objectif de 50 GWh avaient été attribués à quatre entreprises, tandis que la capacité installée réelle ne s’élevait qu’à environ 1 GWh, ce qui indique que le secteur indien de la fabrication de cellules reste aux premiers stades de la construction et de la montée en puissance des capacités. En juillet 2026, le ministère indien des Industries lourdes a lancé un appel d’offres pour les 10 GWh restants, ciblant les applications de stockage d’énergie à l’échelle du réseau, ce qui montre que la capacité nationale de fabrication de cellules continue de se développer.

Pour l’industrie du recyclage, l’importance de l’ACC PLI ne se limite pas à la future augmentation de la production de batteries elle-même. À mesure que les projets nationaux de cellules commenceront progressivement à produire, les chutes d’électrodes, les cellules défectueuses et les autres rebuts de fabrication augmenteront également. Par rapport aux batteries en fin de vie, ces matières sont généralement plus concentrées à la source, présentent une composition chimique plus claire et une qualité de lot plus homogène, ce qui facilite l’établissement de mécanismes d’approvisionnement et de tarification à long terme.

Du point de vue de la disponibilité des matières premières, les rebuts de fabrication de batteries en Inde pourraient donc devenir une source supplémentaire importante pour les recycleurs avant l’émergence de volumes massifs de batteries de véhicules électriques en fin de vie. Toutefois, étant donné que la production réelle dans le cadre des projets ACC PLI reste limitée à l’heure actuelle, il est peu probable que les rebuts de fabrication suffisent à soutenir la capacité de recyclage déjà prévue à court terme. Leur contribution à l’approvisionnement en matières premières à recycler dépendra de la mise en service effective et de la montée en puissance de nouveaux projets de fabrication de cellules.

Les matières premières importées constituent un complément important avant la montée en puissance des volumes nationaux de batteries en fin de vie

Outre les batteries en fin de vie générées localement et les rebuts de fabrication, les matières premières importées constituent également une source complémentaire importante pour les recycleurs indiens.

Ces dernières années, l’Inde a ajusté ses politiques d’importation concernant certains flux de déchets contenant des minéraux critiques et les déchets de batteries lithium-ion, créant ainsi des possibilités pour les recycleurs nationaux de s’approvisionner à l’étranger. Avant que l’offre nationale de batteries en fin de vie ne se développe à grande échelle, la masse noire importée et d’autres déchets contenant du lithium, du nickel et du cobalt peuvent contribuer à combler une partie du déficit de matières premières et à améliorer l’utilisation des capacités des installations de recyclage en activité.

Cela signifie également qu’avant l’émergence de volumes massifs de batteries de véhicules électriques en fin de vie en Inde, les recycleurs continueront probablement de dépendre d’un mélange diversifié de matières premières, composé de déchets électroniques grand public, de rebuts de fabrication, de batteries en fin de vie locales et de matériaux importés.

La sécurité de l’approvisionnement en matières premières pourrait devenir le prochain domaine clé de concurrence.

À mesure que davantage de projets de recyclage entrent en phase de construction et d’exploitation, la concurrence sur le marché indien du recyclage des batteries lithium-ion pourrait progressivement passer de l’expansion des capacités nominales à la sécurité de l’approvisionnement en matières premières. Alors que les batteries de véhicules électriques nationales ne sont pas encore entrées dans un cycle de fin de vie concentré, la capacité à sécuriser un approvisionnement stable, conforme et économiquement viable influencera directement l’utilisation des capacités existantes ainsi que des capacités nouvellement ajoutées.

À l’heure actuelle, les recycleurs indiens s’appuient sur une gamme diversifiée de matières premières, notamment des déchets électroniques grand public, des rebuts de fabrication de batteries, des volumes limités de batteries de véhicules électriques en fin de vie, ainsi que certains déchets de batteries et de la masse noire importés. Les déchets électroniques grand public restent relativement abondants, tandis que les rebuts de fabrication devraient gagner en importance à mesure que les projets nationaux de fabrication de cellules de batteries seront progressivement mis en service. Les matières premières importées peuvent également apporter un certain soutien lorsque l’offre locale de batteries en fin de vie est insuffisante.

Toutefois, si l’arrivée de matières dans le système formel de recyclage progresse plus lentement que les capacités de traitement, la concurrence pour les matières premières de meilleure qualité, telles que les déchets électroniques grand public et les rebuts de fabrication de batteries, pourrait s’intensifier. Cela pourrait non seulement affecter les coûts d’approvisionnement en amont, mais aussi peser directement sur les marges du broyage et de la production de black mass, ainsi que sur les taux d’utilisation des installations hydrométallurgiques en aval.

Par conséquent, les entreprises disposant de partenariats stables avec des fabricants de cellules de batteries, de réseaux de collecte établis et de canaux d’approvisionnement diversifiés pourraient bénéficier d’une sécurité d’approvisionnement en matières premières plus solide à l’avenir. Pour le marché indien du recyclage, le volume de matières premières que les entreprises peuvent réellement sécuriser et le niveau de production durable qu’elles peuvent maintenir pourraient, en définitive, être plus significatifs que la capacité nominale annoncée.

Le marché indien du recyclage des batteries reste dans une phase « capacité d’abord, matières premières ensuite »

SMM estime que l’industrie indienne du recyclage des batteries lithium-ion reste dans une phase où les capacités sont construites avant la disponibilité des matières premières. L’expansion actuelle du secteur est davantage portée par la sécurisation de l’approvisionnement en minéraux critiques, les projets nationaux de fabrication de batteries et les anticipations de futurs retraits de batteries que par une disponibilité à grande échelle de batteries de véhicules électriques en fin de vie.

À court terme, les déchets électroniques grand public resteront une composante importante des matières premières locales de recyclage. À mesure que les projets de cellules de batteries dans le cadre du programme ACC PLI entreront progressivement en service, les rebuts d’électrodes, les cellules défectueuses et d’autres déchets de fabrication pourraient devenir, au cours des prochaines années, certaines des premières sources supplémentaires de matières premières. Les déchets de batteries importés et la black mass pourraient aussi contribuer à combler les pénuries nationales de matières premières, bien que les volumes réels restent influencés par les politiques commerciales, les coûts logistiques et l’économie de l’approvisionnement en matières premières.

À moyen et long terme, la croissance continue du parc de véhicules électriques en Inde conduira progressivement davantage de batteries de traction en fin de vie, augmentant ainsi l’offre de matières premières de recyclage produites localement. À ce stade, une partie des capacités de recyclage actuellement construites en anticipation de la demande pourrait bénéficier d’un soutien plus important des flux de matières nationaux. La concurrence entre recycleurs devrait toutefois aussi se déplacer davantage de l’expansion des capacités vers l’approvisionnement en matières premières, la maîtrise des coûts et l’efficacité opérationnelle.

Par conséquent, évaluer si l’industrie indienne du recyclage des batteries lithium-ion est véritablement entrée dans une phase de développement à grande échelle exigera d’accorder une plus grande attention à la capacité réellement mise en service, à la composition des matières premières, aux volumes de production et aux taux d’utilisation des capacités, plutôt que de s’appuyer uniquement sur les capacités nominales annoncées par les entreprises. Pour les recycleurs ayant déjà établi une capacité de traitement, la capacité à sécuriser un approvisionnement stable en matières premières et à maintenir des taux d’exploitation réguliers deviendra un indicateur de compétitivité de plus en plus important lors de la prochaine étape du développement du marché.

 

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