(Commentaire Kitco) – L’or a reculé jeudi, après qu’une libération coordonnée record de réserves de pétrole par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a introduit sur les marchés un signal de fermeté des pouvoirs publics, alors même que ceux-ci intégraient jusqu’ici un chaos d’approvisionnement sans atténuation. Les contrats à terme sur l’or ont perdu près de 100 $ aujourd’hui et s’échangent désormais autour de 5 092 $. Ce repli reflète un changement subtil mais important : le récit selon lequel le risque géopolitique ne peut que pousser les métaux précieux à la hausse est mis à l’épreuve et, pour l’instant, ne tient pas.
La plus grande libération d’urgence de l’histoire de l’AIE
Mercredi, l’AIE a déclenché la plus grande libération coordonnée de réserves en 50 ans d’histoire — environ 400 millions de barils issus de stocks stratégiques répartis dans plus de 30 pays membres. L’objectif était de stabiliser les marchés de l’énergie après que le conflit avec l’Iran a entravé le transport maritime commercial dans le détroit d’Ormuz, étroit point de passage par lequel transite normalement environ un cinquième de l’approvisionnement quotidien mondial en pétrole. Par le passé, ce type de libération a été réservé aux perturbations les plus graves : la guerre du Golfe, l’ouragan Katrina, l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Celle-ci s’inscrit déjà dans cette catégorie, alors même que le conflit n’a pas encore deux semaines.
La réaction initiale du marché pétrolier a été, pour le dire franchement, dédaigneuse. Le brut WTI a progressé de plus de 4 % le jour de l’annonce. Le marché envoie ainsi un message sans ambiguïté : la perturbation est plus importante que ce qu’un quelconque levier d’urgence peut corriger rapidement. Quand la plus grande libération de réserves de l’histoire ne parvient pas à orienter les prix dans le bon sens, cela en dit long sur l’ampleur de ce à quoi les décideurs sont confrontés.
L’Iran a semblé interpréter l’annonce de l’AIE comme une provocation. Quelques heures après la divulgation de la libération de réserves, des embarcations iraniennes chargées d’explosifs ont frappé deux pétroliers transportant du brut irakien près de Bassora, les incendiant et tuant au moins un membre d’équipage. L’autorité portuaire irakienne a suspendu toutes les opérations pétrolières en réaction. Ces frappes constituent les premières attaques directes contre des pétroliers dans les eaux territoriales irakiennes depuis le début de la campagne militaire américano-israélienne et suggèrent que l’Iran n’a aucune intention de permettre une stabilisation diplomatique des marchés de l’énergie.
Pourquoi l’or peine à conserver ses gains
Alors, pourquoi l’or recule-t-il face à ce qui ressemble à une crise qui s’intensifie ? Plusieurs dynamiques jouent aujourd’hui contre le métal. Tout d’abord, l’action de l’AIE, aussi insuffisante soit-elle sur le plan pratique, indique qu’une intervention coordonnée des politiques publiques est envisageable — et les marchés ont historiquement eu tendance à estomper les hausses de l’or lorsque des acteurs institutionnels démontrent leur volonté et leur capacité de réagir.
Deuxièmement, la gravité même d’un choc pétrolier à ces niveaux commence à peser sur les perspectives de demande. Oxford Economics a identifié 140 $ le baril comme le seuil à partir duquel l’économie mondiale bascule dans une légère récession. Le porte-parole du commandement militaire iranien a averti cette semaine d’un pétrole à 200 $. À ces extrêmes, le scénario passe d’un choc inflationniste à une destruction pure et simple de la demande — une issue déflationniste dans laquelle les propriétés de couverture contre l’inflation de l’or deviennent beaucoup moins pertinentes. Une profonde récession mondiale augmenterait la probabilité de baisses de taux d’urgence, un soutien à court terme pour l’or, mais déclencherait aussi le type de crise générale de liquidité où tous les actifs, y compris l’or, peuvent chuter brutalement.
Les investisseurs positionnés à l’achat sur l’or bien avant ce conflit engrangent des gains, et des prises de bénéfices face à une incertitude accrue constituent une réaction rationnelle lorsque le scénario géopolitique devient difficile à déchiffrer.
Le scénario baissier est fragile, pas conclusif
La baisse d’aujourd’hui doit être interprétée comme une consolidation, et non comme un retournement. Les conditions structurelles d’une hausse de l’or demeurent si ce conflit se poursuit à son intensité actuelle, et rien, dans la libération de réserves par l’AIE, ne traite le problème de fond : un corridor majeur de production pétrolière est de facto fermé, et l’Iran a démontré à la fois la volonté et la capacité de le maintenir ainsi. L’assurance maritime demeure introuvable à un niveau de prime réaliste, des escortes navales sont envisagées mais non mises en œuvre, et les canaux diplomatiques semblent gelés.
Le signal de marché le plus immédiat est que l’or ne suit plus simplement les gros titres du conflit. Il suit désormais aussi la réponse des autorités et les perspectives de croissance mondiale — ce qui rend les prochaines séances nettement plus complexes à négocier. Pour l’instant, les baissiers ont trouvé leur rythme.
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Source :
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