Au cours des deux dernières semaines, le prix moyen du métal praséodyme-néodyme (Pr-Nd) a légèrement baissé, passant de 897 500 yuans/t à 865 000 yuans/t. Contrairement à la forte liquidation observée en mars, les variations quotidiennes ont cette fois été modérées. Ce qui frappe, c'est la persistance : les prix ont baissé pendant près d'un demi-mois sans rebond significatif. Selon nous, l'évolution des prix reflète en elle-même un changement des anticipations. Le marché réévalue le volume de demande d'aimants NdFeB sur lequel il peut compter en 2027.
Note méthodologique. Les volumes du quatrième trimestre 2026 utilisés dans cet article sont tous des hypothèses prévisionnelles : 5,15 millions d'unités pour la production de véhicules à énergie nouvelle (NEV), 4,16 millions d'unités pour la production de véhicules à moteur thermique (ICE) et 52,9 GW de nouvelles capacités éoliennes installées. Nous projetons ensuite la demande de 2027 à partir de ce point d'ancrage du quatrième trimestre. Il s'agit donc d'une prévision prospective et conditionnelle, et non d'un examen de données définitives.
La demande d'aimants permanents couvre un large éventail de marchés finaux, nous avons donc divisé l'analyse en deux parties. La première partie porte sur le complexe des transports et des énergies nouvelles : NEV, véhicules thermiques et énergie éolienne. L'électroménager, l'électronique grand public et la demande liée à l'immobilier suivront dans la deuxième partie.
Notre principal enseignement : la demande de NdFeB ne se contractera pas en 2027, mais sa croissance sera systématiquement inférieure à celle de la production en aval. Les NEV et l'éolien fournissent l'essentiel du volume supplémentaire, tandis que les véhicules thermiques présentent une divergence : la production baisse alors même que la consommation d'aimants augmente. La contrainte commune aux trois secteurs est la baisse de l'intensité en aimants par unité. Cela explique l'énigme actuelle des prix. La croissance réelle de la demande constitue un plancher, mais la vigueur marginale est insuffisante pour justifier les niveaux de prix plus élevés observés plus tôt cette année.
1. NEV : la production continue de croître, mais la teneur en aimants par véhicule diminue
1.1 Production : la croissance ralentit en raison d'une base élevée et d'une demande des consommateurs plus faible
En supposant une production de NEV de 5,15 millions d'unités au quatrième trimestre 2026, la production annuelle atteint 17,834 millions d'unités, en hausse de 7,51 % en glissement annuel. Cela représente environ la moitié de la croissance de 15 % prévue au début de l'année.
Trois facteurs sont à l’œuvre. Premièrement, l’effet de base. Le taux de pénétration des véhicules à énergies nouvelles en Chine a déjà dépassé 50 % et a brièvement approché 60 %. Le secteur est passé de la phase de gains rapides de pénétration à celle d’une substitution progressive au sein d’une base mature. La même augmentation absolue du nombre d’unités se traduit désormais par une hausse en pourcentage bien plus faible. Deuxièmement, les conditions de la demande finale sont molles. Les achats importants sont reportés, les cycles de remplacement s’allongent et la composition des commandes se déplace vers des segments plus sensibles aux prix. Troisièmement, l’orientation concurrentielle a changé. Les constructeurs ne privilégient plus uniquement le volume ; la maîtrise du coût unitaire est devenue la priorité, et cette pression se répercute tout au long de la chaîne d’approvisionnement jusqu’à l’étage du moteur d’entraînement.
En conséquence, SMM a abaissé sa prévision de croissance de la production de véhicules à énergies nouvelles en 2027 à 5,24 %. Il ne s’agit pas d’un avis baissier sur le secteur. C’est une réévaluation du profil de croissance : à mesure que la base s’élargit, un rythme de croissance plus lent n’est que naturel.
1.2 Répartition : une part accrue des véhicules utilitaires apporte un soutien caché
La hausse des prix des carburants a alourdi le coût d’exploitation des véhicules thermiques, améliorant la rentabilité de l’électrification dans les usages à fort kilométrage comme la logistique et le transport de passagers. En conséquence, la pénétration des véhicules à énergies nouvelles dans le segment des véhicules utilitaires continue de progresser.
En 2027, les véhicules particuliers à énergies nouvelles devraient représenter 76,7 % de la production de véhicules à énergies nouvelles, contre 77,6 % en 2026. Les véhicules utilitaires à énergies nouvelles passent à 23,03 %, contre 22,4 %. Ce changement n’est pas neutre pour la demande d’aimants. Les véhicules utilitaires utilisent beaucoup plus de matériau magnétique par unité que les voitures particulières, de sorte que la part croissante compense en partie la baisse de la teneur en aimants du côté des véhicules particuliers.
Sur le plan des groupes motopropulseurs, la part des véhicules 100 % électriques (BEV) augmente légèrement, passant de 64,55 % à 65 %. Les véhicules hybrides ne gagnent pas de part significative au détriment des BEV, de sorte que la demande supplémentaire continue de provenir principalement des BEV. La demande d’aimants n’a pas besoin d’absorber de substitution significative de motorisation cette année.
1.3 Technologie : des conceptions d’aimants plus fines deviennent la solution standard de réduction des coûts
La réduction de la teneur en aimants est concentrée dans les véhicules particuliers. Les véhicules particuliers BEV passent de 4,2 kg par véhicule en 2026 à 4,1 kg en 2027. Les véhicules particuliers hybrides reculent de 2,8 kg à 2,7 kg. En revanche, les véhicules utilitaires BEV restent stables à 7 kg, et les véhicules utilitaires hybrides se maintiennent à 5,3 kg.
Pour les véhicules particuliers, la réduction n'est que de 0,1 kg par véhicule, soit environ 2 % à 3,6 %. Elle passe facilement inaperçue à l'échelle d'un véhicule, mais sur une production qui se compte en dizaines de millions d'unités, elle supprime une demande qui se chiffre en milliers de tonnes.
Les économies sont réalisées principalement par trois canaux :
- Des matériaux d'aimants de qualité supérieure. Un meilleur produit énergétique magnétique et une résistance accrue aux températures élevées permettent à un aimant plus petit de fournir le même couple.
- Des conceptions de moteurs plus efficaces. Les bobinages à fil méplat, le refroidissement à huile et les systèmes d'entraînement intégrés améliorent le remplissage des encoches et l'efficacité du système, réduisant la dépendance à une charge magnétique plus élevée.
- Optimisation du circuit magnétique. Les améliorations de la topologie du circuit et de la longueur des segments d'aimants réduisent l'utilisation de matériaux sans dégrader l'expérience de conduite.
Les véhicules utilitaires restent stables parce que leurs conditions d'exploitation — poids du véhicule, autonomie et exigences de charge utile — laissent peu de marge pour réduire la teneur en aimants. Ce segment constitue ainsi la source de soutien la plus résiliente sur le plancher de la demande.
1.4 Traduction de la demande : la croissance est confirmée, mais l'élasticité s'estompe
En combinant la production, la répartition des modèles et la teneur en aimants par véhicule, la demande de NdFeB issue des véhicules à énergies nouvelles passe de 76 954 tonnes en 2026 à 79 832 tonnes en 2027, soit une hausse de 3,74 %. Ce chiffre est inférieur à la croissance de la production de 5,24 % pour la même année.
La chaîne de transmission fonctionne comme suit. Un contexte mondial de consommation atone limite le pouvoir d'achat. Les constructeurs automobiles réagissent avec des modèles moins chers. La pression sur les coûts atteint ensuite le moteur d'entraînement, où elle se traduit par des aimants plus fins utilisés avec des qualités supérieures.
Il en résulte un secteur des véhicules à énergies nouvelles qui contribue encore à la croissance du NdFeB en 2027, mais avec une traction marginale décroissante. Ce que ressent le marché des prix est précisément ce décalage : le volume est là, mais la force qui le sous-tend ne l'est pas.
2. Véhicules thermiques : production en baisse, demande d'aimants en hausse
Les véhicules thermiques offrent l'exemple le plus clair de la façon dont le volume de production et la demande d'aimants peuvent évoluer en sens opposés.
Sur la base d'une production de 4,16 millions d'unités au T4 2026, la production annuelle de véhicules thermiques atteint 15,0861 millions d'unités, en baisse de 16,65 % en glissement annuel. La demande de NdFeB recule de 10,73 %. Le fait que la demande d'aimants diminue moins que la production indique déjà une compensation structurelle.
La pression externe sur les volumes de véhicules thermiques provient des prix des carburants. Les prix élevés du pétrole — portés en 2026 par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient — ont augmenté le coût d'exploitation des véhicules thermiques. Cela a amélioré le coût total de possession des véhicules à énergies nouvelles et a accru leur pénétration, conformément au récit d'électrification des véhicules utilitaires de la section 1.
Pour 2027, la production annuelle de véhicules thermiques est prévue à 14,6534 millions d'unités, en baisse de 2,87 %. Le rythme de déclin s'atténue nettement, reflétant une phase de contraction plus lente une fois l'effet de base élevé résorbé.
La demande, en revanche, évolue dans l'autre sens. La pénétration de la direction assistée électrique (EPS) passe de 89 % à 92 %, les gains restants provenant surtout de la dernière vague d'électrification des modèles d'entrée de gamme et des véhicules utilitaires. La pénétration des micromoteurs passe de 31 % à 33 %, à mesure que des fonctions telles que le réglage électrique des sièges, les hayons motorisés, les pompes et actionneurs, les vannes de gestion thermique et les moteurs de volets d'air continuent de se diffuser dans la gamme.
Le résultat net est une hausse de 1,6 % en glissement annuel de la demande de NdFeB des véhicules thermiques pour 2027 — une divergence claire entre la baisse de la production et la hausse de la teneur en aimants. Le mécanisme est simple : le gain par véhicule lié à un contenu électronique plus élevé suffit à compenser la perte absolue due à la baisse de la production.
Cela dit, il faut garder cette conclusion en proportion. Les véhicules thermiques représentent une part limitée de la demande totale de NdFeB, et le volume supplémentaire est concentré dans des applications de micromoteurs fragmentées à faible valeur unitaire. Leur pouvoir de transmission et leur valeur unitaire ne peuvent pas être comparés aux aimants haute performance des moteurs d'entraînement. Ce gain modeste doit être interprété comme une preuve de résilience sous-jacente plutôt que comme un pilier de la tarification du Pr-Nd.
3. Énergie éolienne : la reprise des installations l'emporte sur la dilution des routes technologiques
3.1 2026 : un T4 solide ne suffit pas à compenser une intensité magnétique plus faible
Les installations éoliennes sont très saisonnières, le raccordement au réseau et la livraison des projets étant concentrés au T4. Même si les ajouts du T4 atteignent 52,9 GW, les installations de l'année 2026 ne totalisent que 99,84 GW, en baisse de 16,71 % en glissement annuel. La demande de NdFeB, cependant, chute de 28,38 % — bien plus fortement que les installations.
L'écart s'explique par un changement structurel dans la technologie des éoliennes. Les prix du Pr-Nd étant restés élevés pendant la majeure partie de 2026, les fabricants d'éoliennes ont réduit la part des configurations à aimants permanents sous la pression des prix d'appel d'offres et des coûts. Les éoliennes à entraînement direct ont représenté 9 % des nouvelles installations en 2026, glissant à 7 % en 2027. Les éoliennes à entraînement semi-direct passent de 25 % à 22 %. Les configurations à double alimentation et autres configurations à faible ou zéro aimant comblent la différence.
L'arithmétique est éloquente. Les installations baissent de 16,71 %, mais la demande d'aimants se contracte de près d'un tiers. Le principal frein est la baisse de l'intensité magnétique par GW.
3.2 2027 : une base basse et le calendrier des politiques entraînent un fort rebond
SMM prévoit 149,3 GW de nouvelles installations éoliennes en 2027, en hausse de 49,54 % en glissement annuel. Le rebond est principalement porté par le calendrier d'exécution des politiques et une base de comparaison basse en 2025.
Il faut distinguer ici deux forces opposées. La croissance des installations est une histoire de volume. La part décroissante des routes technologiques à aimants permanents est une histoire structurelle. Elles tirent dans des directions opposées.
Du côté structurel, l'intensité magnétique continue de s'éroder. Les parts de l'entraînement direct et du semi-direct reculent chacune de 2 à 3 points de pourcentage. Du côté du volume, le taux de croissance des installations est suffisamment élevé pour absorber cette érosion.
En conséquence, la demande de NdFeB issue de l'énergie éolienne en 2027 devrait augmenter de 20 % en glissement annuel, pour atteindre environ 12 541,2 tonnes. Il s'agit du premier segment en aval hors du complexe des transports à afficher une croissance à deux chiffres à une échelle mesurée en dizaines de milliers de tonnes.
L'énergie éolienne compte pour la tarification du Pr-Nd au-delà du tonnage brut. Elle marque une frontière : si l'élasticité des installations est suffisamment forte, la substitution économisant des aimants déclenchée par les prix élevés des matières premières ne fera pas s'effondrer la demande. Elle ne fait qu'aplatir la pente de croissance.
4. Synthèse : une structure de croissance lente pointe vers un centre de prix plus bas
Pris ensemble, les trois segments racontent une histoire cohérente.
La production de véhicules à énergies nouvelles croît de 5,24 % en 2027, tandis que la demande de NdFeB du segment augmente de 3,74 %. La production de véhicules thermiques baisse de 2,87 %, mais la demande d'aimants du segment progresse de 1,6 %. Les installations éoliennes bondissent de 49,54 %, avec une demande de NdFeB en hausse de 20 %, soit environ 12 541,2 tonnes.
Le fil conducteur est clair. La demande de NdFeB reste positive en 2027, mais la croissance de la demande est constamment inférieure aux indicateurs de production des secteurs en aval qui la portent. Les véhicules à énergies nouvelles sont freinés par des conceptions à faible teneur en aimants et une part accrue de modèles à bas prix. L'éolien est freiné par la substitution des routes technologiques. Les véhicules thermiques parviennent à un gain contracyclique modeste, mais à partir d'une base limitée.
Pour la tarification du Pr-Nd, l'implication est un manque de conviction des deux côtés. Il y a peu d'élan d'achat nouveau à la hausse, car le volume supplémentaire a été escompté par la baisse de l'intensité magnétique par unité. Dans le même temps, un effondrement brutal est peu probable, car l'énergie éolienne et les véhicules à énergies nouvelles continuent d'apporter une croissance positive réelle.
Dans ce cadre fondamental, un marché en range avec un centre de prix progressivement plus bas semble plus plausible qu'un mouvement unidirectionnel dans l'un ou l'autre sens.
Cet article ne couvre que le complexe des transports et des énergies nouvelles. L'élasticité de la demande des marchés de l'électroménager, de l'électronique grand public et des marchés liés à l'immobilier déterminera si la demande totale de NdFeB en 2027 peut passer d'une croissance lente à quelque chose de plus substantiel. Nous examinons ces segments dans la partie 2.


![Baisse des prix Pr-Nd en cours : où va la demande de NdFeB en 2027 ? — Bilan de la consommation 2026 et perspectives 2027 sur la base des prévisions du T4 2026 [Analyse SMM]](https://imgqn.smm.cn/usercenter/PVQnj20251217171744.jpg)
