Le Chili a introduit un nouveau paquet de mesures de politique minière visant à accélérer l’investissement, à raccourcir les délais de développement des projets et à porter la production nationale de cuivre vers 6 millions de tonnes par an, alors que le premier producteur mondial de cuivre tente d’inverser une longue période de faible croissance de la production. Cette impulsion politique intervient alors que l’offre minière chilienne peine à retrouver ses précédents sommets, la production nationale restant autour de 5 à 5,5 millions de tonnes ces dernières années malgré des prix du cuivre élevés et un portefeuille important d’extensions de sites existants (brownfield) et de gisements non développés. L’écart entre la production actuelle et l’objectif de 6 millions de tonnes implique donc que le Chili doit dégager plusieurs centaines de milliers de tonnes supplémentaires d’offre annuelle, en combinant une hausse de la production des opérations existantes et un développement plus rapide de nouveaux projets.
Un élément central du paquet est la réforme réglementaire. Le gouvernement fait avancer la Loi-cadre sur les autorisations sectorielles, destinée à réduire les délais de traitement des approbations de projets de 30 % à 70 %. C’est particulièrement important pour le cuivre, car les projets miniers de grande envergure au Chili peuvent nécessiter de nombreux permis sectoriels avant le début des travaux, de sorte que des procédures d’approbation longues peuvent retarder la conversion des ressources minérales en offre minière effective. La réduction des délais d’octroi des permis n’augmenterait pas immédiatement la production de cuivre, mais elle pourrait raccourcir la période entre les décisions d’investissement, la construction et les premières tonnes produites, améliorant la visibilité à moyen terme du portefeuille de projets chilien.
Le gouvernement cherche aussi à améliorer l’environnement global d’investissement par des mesures fiscales et réglementaires. Les plans incluent une réduction progressive du taux d’impôt sur les sociétés de 27 % à 23 % et le rétablissement de dispositifs de stabilité fiscale pouvant aller jusqu’à 25 ans pour les projets stratégiques. Pour des développements cuprifères très intensifs en capital, où l’investissement peut atteindre plusieurs milliards de dollars et où la durée de vie des projets s’étend souvent sur des décennies, une plus grande certitude fiscale peut influer sensiblement sur les rendements attendus et les décisions de financement. Ces mesures semblent donc conçues non seulement pour accroître les dépenses d’exploration, mais aussi pour augmenter la probabilité que de grands projets passent de l’étude de faisabilité à la construction.
L’exploration constitue un autre pilier important de la stratégie. Le Chili a mis en place un groupe de travail technique public-privé axé sur l’amélioration de l’accès au financement pour les juniors, le renforcement de la participation du capital-risque et la réduction des obstacles réglementaires à l’exploration sur de nouveaux terrains (greenfield). Cet aspect est crucial, car une grande partie de la production actuelle de cuivre du Chili provient de gisements matures, tandis que le maintien de la production à long terme exigera de plus en plus de nouvelles découvertes et le développement de ressources plus profondes ou de plus faible teneur. Sans un pipeline d’exploration plus robuste, des réformes ne visant que les opérations existantes risqueraient d’améliorer la production à court terme tout en laissant la base d’offre à plus long terme relativement contrainte.
L’objectif de 6 millions de tonnes est significatif à l’échelle mondiale. Passer d’environ 5,5 millions de tonnes à 6 millions de tonnes représenterait près de 500 000 tonnes supplémentaires de cuivre minier par an, soit l’équivalent de la production d’une grande exploitation cuprifère de classe mondiale. Compte tenu du poids du Chili sur le marché mondial, même un rattrapage partiel vers ce niveau pourrait affecter sensiblement la disponibilité de concentrés et l’équilibre global de l’offre minière, notamment à un moment où plusieurs grandes régions productrices font face à la baisse des teneurs, à des contraintes d’infrastructure et à des cycles de développement de projets plus longs.
Du point de vue du marché du cuivre, ce paquet de mesures vise donc moins une hausse immédiate de l’offre qu’une amélioration de la capacité du Chili à convertir sa vaste base de ressources en nouvelle production. La question clé sera l’exécution : savoir si des délais d’autorisation plus courts, une certitude fiscale renforcée et un meilleur financement de l’exploration peuvent se traduire par des décisions finales d’investissement, des activités de construction et, in fine, des tonnes supplémentaires de cuivre. Si elles sont mises en œuvre efficacement, les réformes pourraient renforcer les perspectives de production du Chili à moyen terme ; si les approbations et l’exécution des projets restent lentes, l’objectif de 6 millions de tonnes pourrait continuer d’être difficile à atteindre malgré des prix du cuivre favorables et une demande sous-jacente robuste


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