La République démocratique du Congo envisagerait de tripler son taux de redevance sur le lithium minier, dans le cadre d’une stratégie plus large de Kinshasa visant à capter davantage de valeur des minéraux critiques, alors même que le pays ne produit quasiment pas de lithium commercial à ce jour. Le lithium est déjà classé comme minerai stratégique dans le code minier de 2018 de la RDC, qui fixe un taux de redevance de 10 %, initialement destiné au cobalt et au coltan.
La hausse annoncée intervient alors que les prix du lithium ont environ triplé par rapport aux plus bas de mi-2025, dans un contexte de glissement du marché de la suroffre vers le déficit. Les analystes notent que cette politique est largement symbolique pour l’instant, la RDC fournissant environ 70 % du cobalt mondial, mais un lithium négligeable. La production africaine de lithium en 2024 a totalisé environ 124 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium (LCE), menée par le Zimbabwe et le Mali, où la seule mine de Goulamina produit environ 506 000 tonnes par an de concentré de spodumène.
Cette mesure reflète une volonté continentale plus large d’éviter un modèle purement extractif : seulement 8 % des minéraux critiques exportés par l’Afrique ont été transformés sur le continent en 2025, tandis qu’environ 72 % des bénéfices miniers sont rapatriés par des entreprises chinoises et occidentales. Les États africains n’ont perçu que 5,6 milliards de dollars en redevances et taxes, contre 41,3 milliards de dollars d’exportations minérales.
Ce changement de politique s’inscrit dans un contexte de croissance rapide de la demande en aval : la capacité mondiale de fabrication de batteries pour véhicules électriques a atteint 2,4 TWh d’ici mars 2026, en hausse de 350 % depuis 2021, et la pertinence croissante de la chaîne d’approvisionnement africaine, la part du continent dans les exportations mondiales de lithium et de cobalt passant de 18 % en 2020 à 31 % en 2025. L’AIE prévoit que la production africaine de lithium pourrait tripler d’ici 2030 si les contraintes d’infrastructure et de gouvernance sont levées.
Point de vue de SMM : la hausse de redevance de la RDC ressemble moins à une politique spécifique au lithium qu’à un signal d’intention visant à positionner Kinshasa pour capter un éventuel essor si elle attire ultérieurement le développement du lithium, tout en renforçant une tendance régionale (parallèlement aux contrôles de valorisation du Zimbabwe et aux conditions fiscales propres au Mali) vers une captation plus stricte des rentes minières par les États. Alors que Washington et Pékin se disputent l’accès aux chaînes d’approvisionnement africaines, l’enjeu réel est la réorganisation de la propriété de la transformation et de la valeur en aval, et non cette redevance en elle-même. À suivre parallèlement à la proposition de bourse panafricaine des minéraux de la Zambie, dans le cadre de la même dynamique continentale de captation de valeur que vous suivez.

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