En juin 2026, POSCO a organisé une cérémonie d’achèvement pour son four à arc électrique (EAF) à l’aciérie de Gwangyang, sur la côte sud de la Corée, à environ 360 kilomètres de Séoul, et a démarré la production à grande échelle d’acier bas carbone. Avec une capacité annuelle de conception de 2,5 millions de tonnes, ce four à arc électrique est la plus grande installation unitaire de ce type en Corée du Sud. Il s’agit du premier investissement majeur de POSCO dans la production d’acier primaire depuis plus de vingt ans, signalant le début d’une restructuration de son système de production centré sur les hauts fourneaux. Dans le contexte de l’entrée en phase de paiement définitif du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (CBAM) et du durcissement de la phase 4 du système d’échange de quotas d’émission de la Corée (K-ETS), la portée stratégique de ce projet dépasse la simple capacité de production.
Détails du projet et calendrier de mise en service
La particularité de ce projet réside dans sa durée : depuis la mise à feu du haut fourneau n°5 de l’usine de Gwangyang en avril 2000, POSCO n’avait plus investi dans de nouvelles capacités majeures de production d’acier primaire pendant plus de 20 ans. Ce virage vers les fours à arc électrique représente le premier changement d’orientation de son système de production de fonte centré sur les hauts fourneaux depuis un demi-siècle.
Concernant la configuration technique, le four à arc électrique utilise principalement de la ferraille d’acier comme matière première, remplaçant la filière traditionnelle minerai de fer-coke des hauts fourneaux par la fusion de ferraille. Ce changement permet de réduire jusqu’à 75 % des émissions de CO2 par rapport aux hauts fourneaux classiques. Les équipements principaux sont fournis par l’italien Tenova, avec le système de chargement continu de ferraille Consteel et le système de brassage électromagnétique Consterrer. POSCO utilise également les gaz de combustion générés lors du fonctionnement du four pour préchauffer la ferraille, améliorant ainsi l’efficacité énergétique. La cérémonie d’achèvement s’est déroulée en présence du Premier ministre sud-coréen Kim Min-seok et du président du groupe POSCO, Jang In-hwa.
Calendrier clé
Impact sur le marché après la mise en service
À court terme, l’impact direct de ce four à arc électrique sur le marché est relativement modéré ; sa valeur est surtout structurelle et stratégique. Cette analyse peut s’articuler autour de trois axes : matières premières, produits et réglementation.
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Marché de la ferraille — Libération progressive de la demande, mais à un rythme prudent : Lors de la phase initiale de mise en service, POSCO prévoit de consommer en priorité les ferrailles générées en interne à l’usine de Gwangyang, limitant ainsi les achats extérieurs ; l’entreprise estime ses achats externes de ferraille en 2026 à environ 2 millions de tonnes. Le marché de l’acier vert ayant progressé moins vite que prévu, la consommation de ferraille à court terme pourrait rester relativement mesurée. En conséquence, la pression haussière du four à arc électrique sur les prix de la ferraille sud-coréens et régionaux sera progressive, sans provoquer de pic de demande significatif l’année de sa mise en service.
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Pénétration des produits plats haut de gamme grâce au mélange de fonte liquide : L’approche différenciée de POSCO repose sur la technologie du « mélange de fonte liquide », qui consiste à mélanger et affiner l’acier liquide issu du four à arc électrique avec la fonte du haut fourneau afin de réduire les émissions de carbone tout en préservant la qualité requise pour les produits haut de gamme. L’entreprise a fait de l’acier EAF de haute qualité l’un de ses huit produits stratégiques et a mis en place une équipe projet intégrée R&D, production et commercialisation, avec pour objectif de produire en série des tôles automobiles et des aciers électriques d’ici 2030. Cette orientation répond directement à la demande croissante d’acier bas carbone des clients aval de l’automobile et de l’électrotechnique, et distingue la filière EAF de POSCO des capacités EAF classiques dédiées aux produits longs.
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Réglementation et concurrence — La capacité bas carbone comme outil de préservation de la compétitivité à l’exportation : Le calendrier de mise en service est étroitement aligné sur le durcissement des réglementations mondiales. Le CBAM de l’UE est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, imposant aux importations d’acier de supporter le coût de leurs émissions de carbone incorporées. Ce taux d’obligation augmentera chaque année, passant d’environ 2,5 % en 2026 à 100 % d’ici 2034 (parallèlement à la suppression progressive des quotas gratuits dans l’UE). Pour les sidérurgistes sud-coréens tournés vers l’exportation, la capacité de production bas carbone constitue un instrument de couverture pour maintenir leur compétitivité sur le marché européen.
Dans l’ensemble, le four à arc électrique de Gwangyang ne modifiera pas significativement la structure du volume de production de POSCO ni son empreinte carbone totale dès sa première année — 2,5 millions de tonnes ne représentent qu’une part limitée de sa production totale d’acier brut. Sa véritable importance réside dans la mise en place d’une gamme de produits bas carbone et des relations clients correspondantes, en amont de la commercialisation de la réduction par l’hydrogène. Il s’agit d’un positionnement où la « valeur d’option » dépasse la « valeur actuelle de la capacité ».
Contexte mondial de la décarbonation de l’acier
L’industrie sidérurgique est responsable d’environ 7 à 9 % des émissions mondiales de CO2 (données de la World Steel Association), ce qui en fait l’une des industries lourdes les plus difficiles à décarboner. L’origine des écarts d’émissions réside dans les filières de production : le procédé traditionnel haut fourneau-convertisseur à oxygène (BF-BOF) utilise du charbon à coke comme source d’énergie et agent réducteur, ce qui en fait la voie la plus intensive en carbone ; tandis que la filière ferraille-four à arc électrique repose principalement sur l’électricité, ce qui en fait la filière la plus mature et à l’intensité carbone la plus faible.
Toutefois, la contrainte pratique à la transition des filières tient à la structure actuelle des capacités. Dans la production mondiale d’acier brut, la filière BF-BOF représente encore environ 72 % ; la filière ferraille-EAF représente environ 21 %, le reste provenant du DRI-EAF et d’autres voies. La Chine, qui assure plus de la moitié de la production mondiale avec une part de près de 90 % de hauts fourneaux, est devenue la variable clé déterminant le rythme de décarbonation de l’acier à l’échelle planétaire.
Dans la perspective de l’objectif de neutralité carbone en 2050, les principales trajectoires exigent une réorientation significative du tissu productif vers les fours à arc électrique et la réduction directe par l’hydrogène. Or la transition est freinée par une triple contrainte : la disponibilité et la qualité de la ferraille, le déploiement à grande échelle de l’électricité verte et le surcoût de l’acier bas carbone par rapport aux produits traditionnels. La stratégie en « deux étapes » de POSCO — utiliser le four à arc électrique comme solution de transition et la réduction par l’hydrogène HyREX comme horizon ultime — est un choix emblématique dans ce paysage mondial.
Efforts de décarbonation des sidérurgistes sud-coréens
La décarbonation de l’industrie sidérurgique sud-coréenne n’est pas le fait d’une seule entreprise. Dès février 2021, six sidérurgistes sud-coréens, dont POSCO et Hyundai Steel, ont publié conjointement une Déclaration de neutralité carbone 2050 et créé le « Comité de l’acier vert », réunissant industriels, universitaires, instituts de recherche et ministères. Depuis lors, sous la double pression des contraintes politiques (phase 4 du K-ETS, contributions déterminées au niveau national - NDC de la Corée du Sud) et des forces extérieures (CBAM), chaque entreprise a élaboré des stratégies de décarbonation aux trajectoires similaires mais aux priorités différentes.
La logique commune aux deux entreprises est claire : recourir actuellement à des « technologies de transition » comme les fours à arc électrique et le mélange de fonte pour réduire l’empreinte carbone des produits, introduire la réduction directe par l’hydrogène vers 2030 et viser une transition complète à l’horizon 2050. Les différences portent sur les points d’entrée : POSCO mise sur sa technologie propriétaire HyREX comme pilier du virage vers la métallurgie de l’hydrogène, tandis que Hyundai Steel, sous sa marque Hy-Cube, ambitionne de commercialiser bien plus tôt des produits plats haut de gamme issus du four à arc électrique (comme les tôles automobiles). La mise en service du four à arc électrique de Gwangyang constitue précisément un jalon quantifiable et tangible dans ce vaste processus de transition.
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