23 juin 2026
Le subit actuellement de plein fouet la politique monétaire américaine. Bank of America, qui figurait encore parmi les plus grands optimistes du marché en janvier et prévoyait une rapide ascension à 6 000 dollars l’once d’ici le printemps, a dû ajuster ses perspectives à court terme. Si les arguments fondamentaux de long terme en faveur du métal précieux restent intacts, la trajectoire des taux de la Réserve fédérale, radicalement modifiée, contraint désormais l’équipe d’analystes à adopter une position plus défensive – du moins à court terme.
Hausses de taux au lieu de baisses : le piège inflationniste de la Fed
Le principal vent contraire pour l’or est le revirement brutal des anticipations de taux. Alors que les investisseurs tablaient encore fermement sur des baisses de taux en début d’année, la guerre en Iran a déclenché une crise énergétique mondiale et attisé massivement les craintes inflationnistes. Le évalue désormais à plus de 70 % la probabilité d’une nouvelle hausse de taux d’ici septembre. Cet environnement restrictif pèse sur le métal précieux non rémunérateur, car la hausse des rendements obligataires accroît le coût d’opportunité pour les investisseurs aurifères.
Ce glissement d’un contexte de « baisses de taux inflationnistes » vers une politique monétaire stricte réduit de moitié le potentiel haussier immédiat de l’or, selon BofA. Le problème : même un accord de paix rapide ne résoudrait guère l’inflation persistante, compte tenu des droits de douane Trump déjà en place, des chaînes d’approvisionnement tendues et de la hausse des coûts du logement. L’or se trouve ainsi pris dans un dilemme à court terme : s’il profite comme couverture classique contre l’inflation, il est freiné par la position nécessairement restrictive de la banque centrale.
Les mégatendances restent intactes : les fondamentaux structurels se renforcent
Malgré ces vents contraires, Bank of America maintient son scénario haussier global, car le contexte macroéconomique américain offre un terreau idéal pour une hausse des prix. Un déficit budgétaire abyssal d’environ 6 % du produit intérieur brut et l’absence d’assainissement budgétaire suscitent des doutes croissants sur la soutenabilité de la dette américaine – d’autant que les investisseurs étrangers réduisent déjà leurs avoirs en obligations du Trésor américain. Cette dynamique s’accompagne d’une dédollarisation mondiale : selon des enquêtes récentes, 74 % des banques centrales s’attendent à ce que la part du dollar dans les réserves mondiales diminue au cours des cinq prochaines années. Cela promet un pouvoir d'achat solide et durable de la part du secteur des banques centrales.
Une fois que les hausses de taux d'intérêt imminentes seront pleinement intégrées dans les prix ou écartées, la demande d'investissement devrait également fortement augmenter. Actuellement, les investissements dans l'or ne représentent que 5,5 % des marchés mondiaux des actions et des obligations. Les analystes de Bank of America y voient un énorme potentiel de croissance, d'autant plus que les investisseurs institutionnels délaissent le portefeuille traditionnel 60/40 au profit d'une structure 60/20/20, dans laquelle les couvertures alternatives comme l'or se voient accorder un poids nettement plus important.
Pour les investisseurs en matières premières tournés vers l'avenir, le rapport dresse donc un tableau clair : la correction à court terme provoquée par la politique de taux d'intérêt ne fait que masquer un potentiel de hausse structurel massif.
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