20 avril 2026
Le marché mondial de l'argent traverse une phase historiquement rare sous cette forme : des déficits d'approvisionnement persistants, une demande potentiellement transformatrice liée à la technologie des batteries, des programmes d'accumulation gouvernementaux et un découplage croissant des prix asiatiques par rapport aux indices de référence occidentaux. Autant de raisons d'examiner de plus près les principales évolutions en détail.
Déficit structurel de l'offre – un phénomène de six ans
Le point de départ fondamental du marché de l'argent est clairement documenté. Le prévoit un déficit d'approvisionnement d'environ 67 millions d'onces pour 2026. Il s'agirait de la sixième année consécutive de déficit sur le marché de l'argent. En incluant le déficit de 2025, le déficit cumulé sur cinq ans dépasse désormais 800 millions d'onces, soit l'équivalent d'une année entière de production minière mondiale.
Du côté de l'offre, la production mondiale d'argent devrait augmenter de 1,5 % en 2026 pour atteindre un sommet décennal de 1,05 milliard d'onces, la production minière étant estimée à environ 820 millions d'onces. Cela reste toutefois insuffisant pour répondre à la demande attendue. Par conséquent, le marché mondial de l'argent devra encore puiser dans les stocks hors sol pour combler l'écart.
Du côté de la demande, le tableau est contrasté. La demande industrielle devrait reculer d'environ 2 % en 2026 pour atteindre un plus bas de quatre ans à 650 millions d'onces, l'industrie photovoltaïque réduisant agressivement la teneur en argent par module afin de protéger les marges des fabricants. Parallèlement, la demande d'investissement évolue en sens inverse : la demande d'investissement physique devrait augmenter de 20 % en 2026 pour atteindre un plus haut de trois ans à 227 millions d'onces, la demande des investisseurs particuliers occidentaux en argent reprenant après trois années consécutives de baisse.
Samsung SDI et Toyota : des batteries à état solide avec des besoins substantiels en argent
L'une des sources potentielles de demande les plus significatives pour l' dans les années à venir réside dans la technologie des batteries à état solide développée par Samsung SDI. Chaque cellule de batterie à état solide de Samsung contient environ cinq grammes d'argent, ce qui représente approximativement un kilogramme d'argent par véhicule pour un pack batterie typique de 100 kWh. C'est un multiple de la teneur en argent des batteries lithium-ion conventionnelles.
Lors du SNE Battery Day 2024 à Séoul, Samsung SDI a confirmé que la ligne de production pilote est en fonctionnement et que la production de masse est visée d'ici 2027. Selon le vice-président de Samsung SDI, des échantillons ont déjà été livrés aux clients et l'entreprise a reçu des retours positifs de leur part.
Le calcul de l'impact potentiel sur le marché de l'argent donne des chiffres substantiels dans un scénario hypothétique d'adoption. Si 20 % des 80 millions de véhicules produits annuellement adoptaient cette technologie — soit environ 16 millions de véhicules — la demande annuelle d'argent augmenterait d'environ 16 000 tonnes.
Cela représenterait une part significative de la production minière mondiale actuelle d'environ 25 000 tonnes par an. Toutefois, ce scénario est un calcul modélisé hypothétique et non un volume de demande confirmé — les problèmes de mise à l'échelle, les obstacles liés aux coûts et les compositions chimiques alternatives de batteries sans argent pourraient encore modifier sensiblement les chiffres et donc la consommation d'argent attendue.
La demande d'argent en Inde continue de croître malgré de nouvelles restrictions à l'importation
Ces dernières années, l'Inde s'est imposée comme l'un des marchés de l'argent les plus dynamiques au monde. La demande d'investissement en Inde devrait s'appuyer sur les gains substantiels de l'année précédente en 2026 et continuer à progresser. Cela se produit dans un contexte de sentiment exceptionnellement positif des investisseurs envers l'argent.
Les données d'importation de l'Inde soulignent cette tendance impressionnante. Les importations d'argent vers le sous-continent ont récemment bondi massivement, tant parmi les investisseurs institutionnels que les investisseurs particuliers qui utilisent l'argent comme réserve de valeur.
Parallèlement, la Direction générale du commerce extérieur de l'Inde (DGFT), à compter du 1er avril 2026, a transféré les bijoux en or, argent et platine relevant de la position tarifaire douanière 7113 de la catégorie « importation libre » à la catégorie « importation restreinte ». Cette mesure vise une gestion plus stricte des importations de bijoux, tandis que le marché d'investissement en argent physique reste non affecté.
La Russie considère l'argent comme faisant partie de ses réserves d'État
Comme l'Inde, la Russie attribue désormais explicitement à l'argent un rôle monétaire, le pays ayant officiellement annoncé qu'il ajouterait l'argent à ses réserves stratégiques d'État. Cela se reflète dans les plans publiés par la banque centrale russe. Historiquement, la Russie détenait déjà d'importantes réserves de platine et de palladium, et l'argent est désormais inclus comme autre métal précieux dans sa planification de réserves.
Ce faisant, la Russie suit une tendance plus large au sein des pays BRICS, dans laquelle l'argent est de plus en plus considéré comme un métal stratégique. Cette réévaluation de son importance montre clairement qu'au-delà de son utilisation industrielle, l'argent revêt également une importance monétaire.
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