Infos SMM : À la suite de notre précédente analyse des secteurs du transport et de l’énergie éolienne, ce volet se concentre sur les principaux moteurs de la demande dans les domaines de la consommation et de la construction : le gros électroménager, l’électronique grand public et les applications liées à l’immobilier (ascenseurs et outils électriques). Bien que ces secteurs consomment individuellement moins de matériaux magnétiques par unité que les véhicules à énergie nouvelle (VEN), leur volume agrégé considérable en fait des piliers incontournables du marché du néodyme-praséodyme (Pr-Nd). Toutefois, les données du début de 2026 révèlent une tendance préoccupante à la stagnation et à la contraction structurelle dans ces bastions traditionnels.
I. Gros électroménager : la double pression du recul de la production et de la substitution des matériaux
Dans le secteur du gros électroménager, les aimants en néodyme-fer-bore (NdFeB) sont principalement utilisés dans deux applications clés : les compresseurs des climatiseurs inverter et les moteurs des lave-linge à tambour et à turbine.
1. Climatiseurs : forte contraction de la production et de la consommation unitaire
Selon les données du Bureau national des statistiques (BNS), la production cumulée de climatiseurs en Chine sur janvier-février 2026 s’est élevée à 40,118 millions d’unités, soit une baisse spectaculaire de 35 % en glissement annuel par rapport aux 61,921 millions d’unités produites sur la même période de 2025.
(Raison : cette forte baisse s’explique par une combinaison de facteurs : d’abord, un hiver exceptionnellement doux dans les principales régions de consommation a nettement affaibli la demande de chauffage, entraînant un cycle de déstockage chez les distributeurs. Ensuite, la poursuite du repli du secteur immobilier a fortement réduit les mises en chantier achevées de logements neufs, ce qui a directement pesé sur l’installation de systèmes de climatisation centralisés et split. Enfin, les niveaux élevés de stocks hérités de 2025 ont contraint les fabricants à réduire fortement leurs programmes de production au T1 2026 afin d’éviter une immobilisation excessive de capitaux.)
Sur l’ensemble de l’année, SMM prévoit une croissance marginale de 0,96 % pour 2026, avec une production annuelle totale estimée à 271,095 millions d’unités.
(Raison : cette perspective de croissance quasi nulle reflète la saturation d’un marché arrivé à maturité, où la demande de remplacement, plutôt que les nouvelles installations, soutient les volumes. Bien que les marchés d’exportation offrent une certaine résilience face à la faiblesse de la demande intérieure, la hausse des barrières commerciales et des coûts logistiques dans des régions clés comme l’Europe et l’Amérique du Nord devrait limiter toute expansion significative.)
Application du modèle de calcul de SMM :
- Taux de pénétration des onduleurs : 99 %
- Taux de pénétration des moteurs NdFeB : 92 %
- Consommation unitaire spécifique : Supposée à 100 g/unité pour 2026.
Sur la base de ces paramètres, la consommation totale de NdFeB du secteur des climatiseurs en 2026 est estimée à 24 691 tonnes, soit une baisse de 23 % par rapport aux 29 163 tonnes consommées en 2025. Les principaux facteurs de ce recul sont doubles : d’une part, les prix durablement élevés du Pr-Nd depuis le second semestre 2025 ont accéléré les initiatives de réduction des coûts dans l’industrie. D’autre part, on observe une évolution technologique nette visant à réduire l’utilisation des terres rares. Le dosage moyen par unité est passé de 120 g/unité en 2025 à 100 g/unité en 2026, les fabricants optimisant la conception des moteurs et, sur certains modèles d’entrée de gamme, les remplaçant par des aimants en ferrite ou des technologies de moteurs à induction lorsque les normes d’efficacité le permettent.
2. Machines à laver : une lente érosion de la demande
De janvier à février 2026, la production cumulée de machines à laver en Chine a atteint 18,58 millions d’unités, soit un léger recul annuel de 0,3 % par rapport aux 18,51 millions d’unités de la même période en 2025.
(Raison : la stabilité des volumes de production masque une faiblesse sous-jacente. Ce léger recul s’explique principalement par la faible confiance des consommateurs, qui pèse sur les dépenses discrétionnaires consacrées au renouvellement des appareils électroménagers. En outre, le marché d’exportation des machines à laver subit les effets d’une croissance économique mondiale atone et d’une concurrence renforcée des pôles manufacturiers d’Asie du Sud-Est, ce qui compense les efforts modestes de reprise sur le marché intérieur.)
SMM prévoit pour 2026 un taux de croissance annuel de 3,1 %.
(Raison : cette reprise modeste repose sur les politiques publiques de subventions à la reprise visant à stimuler la consommation intérieure d’appareils économes en énergie. En outre, l’innovation produit sur le segment haut de gamme, comme les lave-linge séchants et les fonctions intelligentes, devrait soutenir une certaine demande de remplacement, bien que le potentiel global reste limité.)
Logique de calcul de la demande :
- Taux de pénétration des lave-linge à tambour : 63 % (haut de gamme, 98 % utilisent du NdFeB)
- Taux de pénétration des lave-linge à agitateur : 28 % (milieu de gamme, 50 % utilisent du NdFeB)
- Consommation spécifique : 290 g/unité pour les lave-linge à tambour ; 240 g/unité pour les lave-linge à agitateur.
Selon ce modèle, la demande totale de NdFeB pour les machines à laver en 2026 est estimée à 27 204,52 tonnes, soit une baisse de 0,2 % par rapport aux 27 262 tonnes de 2025. Le secteur connaît une érosion lente mais continue de la demande. Alors que les lave-linge à tambour haut de gamme dépendent fortement de moteurs NdFeB à haut rendement pour satisfaire à des exigences strictes en matière d’étiquetage énergétique, la volatilité des prix des terres rares pousse les fabricants à explorer prudemment des conceptions de moteurs alternatives ou à réduire les grades d’aimants dans les applications non critiques. En conséquence, l’industrie a adopté une stratégie de réduction progressive plutôt que de substitution brutale, afin d’équilibrer exigences de performance et maîtrise des coûts.
Perspectives : Les perspectives des produits blancs en 2026 sont incontestablement pessimistes. Les volumes de production comme l’intensité technique (dosage par unité) sont orientés à la baisse, exerçant un double effet négatif sur la demande de praséodyme-néodyme.
II. Électronique grand public : résilience des volumes face au recul de l’intensité
Le secteur de l’électronique grand public, modélisé par SMM, comprend quatre segments principaux : Téléphones mobiles, Tablettes, Ordinateurs de bureau/portables, et Montres connectées. Ces appareils utilisent le NdFeB principalement pour les composants acoustiques (haut-parleurs/écouteurs) et les moteurs de retour haptique, avec des usages émergents dans les interfaces de charge magnétique. La consommation spécifique est généralement faible, comprise entre 2 et 5 g/unité, à l’exception des ordinateurs de bureau, dont la moyenne est de 15 g/unité.
Performance du marché (janv.-févr. 2026) :
- Téléphones mobiles : 220 millions d’unités (+6,8 % en glissement annuel).
- Équipements micro-informatiques : 41,956 millions d’unités (-31 % en glissement annuel). Répartition : 21 % tablettes, 27 % ordinateurs de bureau, 52 % ordinateurs portables.
- Montres connectées : 8,196 millions d’unités (+7,8 % en glissement annuel).
(Raison : l’écart de performance est marqué. La croissance des téléphones mobiles est portée par le déploiement mondial des smartphones intégrant l’IA et par le cycle de remplacement des appareils 5G, en particulier sur les marchés émergents. À l’inverse, l’effondrement marqué des micro-ordinateurs reflète la normalisation de la demande après la pandémie ; les stocks massifs constitués entre 2020 et 2022 ont entraîné une phase prolongée de résorption. En outre, l’allongement de la durée de vie des appareils grâce à une meilleure durabilité du matériel a encore freiné les taux de remplacement des PC et des tablettes.)
Prévisions pour l’ensemble de l’année 2026 :
SMM prévoit une croissance de 1 % pour les téléphones mobiles et les micro-ordinateurs combinés, et une croissance de 5 % pour les montres connectées.
(Raison : les perspectives modérées pour les équipements informatiques s’expliquent par l’incertitude macroéconomique persistante et le resserrement des budgets informatiques des entreprises. Pour les montres connectées, la croissance est alimentée par le renforcement des capacités de suivi de la santé et une intégration plus poussée dans l’écosystème des smartphones. Toutefois, l’ensemble du secteur reste entouré d’incertitudes en raison de l’aggravation des tensions géopolitiques qui affectent les chaînes d’approvisionnement et de la hausse des prix des puces mémoire, ce qui pourrait contraindre les OEM à réviser à la baisse leurs objectifs de production plus tard dans l’année.)
Estimation de la demande :
- Téléphones mobiles : 3 109,8 tonnes
- Micro-ordinateurs : 2 018,9 tonnes
- Montres connectées : 125,06 tonnes
- Demande totale en 2026 : 5 253,76 tonnes, soit un recul de 3 % par rapport aux 5 421,19 tonnes de 2025.
Le principal facteur de ce recul est la diminution continue, bien que lente, de la consommation spécifique. À mesure que la miniaturisation progresse et que les matériaux magnétiques alternatifs s’améliorent, la quantité de NdFeB requise par appareil diminue. Malgré une dose unitaire relativement faible, l’ampleur massive de l’industrie de l’électronique grand public garantit qu’elle demeure un consommateur important de NdFeB. En outre, ce secteur se caractérise par des chaînes d’approvisionnement très standardisées, dans lesquelles les grands OEM maintiennent des accords contraignants avec des fournisseurs d’aimants certifiés, ce qui rend la demande relativement stable, mais peu sensible aux hausses liées aux prix.
III. Secteurs liés à l’immobilier : ascenseurs et outils électriques
Le dernier segment couvre des industries étroitement liées au cycle immobilier : Ascenseurs et Outils électriques portatifs.
1. Ascenseurs : soutien des politiques publiques contre vents contraires structurels
En janvier-février 2026, la production d’ascenseurs a atteint 150 000 unités, soit une hausse de 7,1 % en glissement annuel.
(Raison : cette hausse à court terme est largement attribuable à l’accélération de projets retardés fin 2025, les promoteurs s’étant empressés de respecter les délais de pré-livraison avant l’entrée en vigueur d’inspections réglementaires plus strictes. En outre, les obligations imposées par les pouvoirs publics pour l’installation d’ascenseurs dans les anciennes résidences des zones de rénovation urbaine ont temporairement soutenu les carnets de commandes.)
Cependant, SMM prévoit une contraction sur l’ensemble de l’année de -3 % pour 2026.
(Raison : les perspectives à long terme restent sombres en raison du ralentissement structurel des mises en chantier de logements neufs, toujours à des creux pluriannuels. La crise de la dette qui touche les grands promoteurs immobiliers continue de freiner le lancement de nouveaux projets, affectant directement la demande de nouvelles installations d’ascenseurs. Bien que le marché de la modernisation apporte un certain soutien, il ne suffit pas à compenser l’effondrement des commandes de nouveaux bâtiments.)
Calcul :
- Taux de pénétration des ascenseurs à économie d’énergie : 90 %
- Consommation spécifique : 6 kg/unité (pour les modèles à économie d’énergie).
- Demande totale en 2026 : 7 222,6 tonnes, soit une hausse de 1,3 % par rapport à 7 125,3 tonnes en 2025.
(Raison de la croissance : la légère hausse du tonnage total malgré la baisse des volumes de production est entièrement due à la progression du taux de pénétration des ascenseurs à économie d’énergie. Des normes nationales plus strictes en matière d’efficacité énergétique (normes GB) obligent les fabricants à adopter des moteurs synchrones à aimants permanents (PMSM) à la place des moteurs asynchrones traditionnels, augmentant ainsi la consommation moyenne de NdFeB par unité alors même que le nombre total d’unités diminue.)
2. Outils électroportatifs : une victime directe du ralentissement immobilier
La production d’outils électroportatifs en janvier-février 2026 s’est établie à 29,566 millions d’unités, en baisse de 0,24 % en glissement annuel. SMM prévoit un recul de -3 % sur l’ensemble de l’année 2026.
(Raison : ce repli est inextricablement lié à la stagnation des marchés immobiliers mondial et intérieur. Le ralentissement des activités de rénovation et des projets d’infrastructure a freiné la demande d’outils de qualité professionnelle. En outre, les niveaux de stocks élevés dans les canaux de distribution en Amérique du Nord et en Europe, dus à des commandes excessives en 2024, ont entraîné une période prolongée de déstockage.)
Définition et portée : Selon le Bureau national des statistiques, les outils électriques portatifs désignent des outils portables motorisés utilisés à la main, notamment les perceuses électriques, meuleuses, ponceuses, scies et tournevis. Ces produits sont très sensibles au volume des transactions immobilières et au rythme des rénovations.
Calcul de la demande :
- Pénétration du NdFeB : 60 %
- Consommation spécifique : 80 g/unité
- Demande totale en 2026 : 9 134 tonnes, soit une forte baisse de 13,4 % par rapport aux 10 548 tonnes de 2025.
La forte contraction de ce secteur souligne la corrélation étroite entre le marché immobilier et la demande de métaux industriels. Alors que le secteur immobilier reste dans une phase prolongée d’ajustement, la demande en aval pour les outils électriques — et, par conséquent, pour le NdFeB — continue de subir une pression durable.
Conclusion
L’analyse des produits blancs, de l’électronique grand public et des secteurs liés à l’immobilier dresse le tableau d’une faiblesse structurelle pour 2026. Si certains leviers politiques de niche (comme les obligations d’ascenseurs économes en énergie) créent des poches de croissance isolées, les tendances dominantes restent marquées par la saturation de la production, le déstockage des stocks et la substitution agressive des matériaux. L’effet combiné de volumes de production plus faibles et de doses unitaires réduites crée un puissant vent contraire pour les prix du Pr-Nd.
Dans le dernier volet de cette série, nous nous tournerons vers l’avenir en examinant la demande croissante issue de la économie de basse altitude (eVTOL), de la robotique (industrielle et de service) et de l’expansion continue des deux-roues électriques. Ces secteurs émergents pourraient être la clé pour compenser les reculs observés dans les industries traditionnelles et remodeler la courbe de demande à long terme des aimants en terres rares.
![Les importations de minerai de terres rares bondissent début 2026, dépassent la demande et provoquent un excédent [Analyse SMM]](https://imgqn.smm.cn/usercenter/tXtym20251217171745.jpeg)


